LA DIFFICULTÉ D’UN VOYAGE AU PAKISTAN

by Pauline
Lac Attabad, Pakistan

Voyager au Pakistan est dangereux. D’autant plus lorsqu’on est une femme et que l’on a décidé de partir seule. Ou que l’on n’a trouvé personne pour nous suivre dans notre délire.

En réalité, la difficulté d’un voyage au Pakistan, elle survient surtout avant de partir. 

La mauvaise réputation

Quand tu tapes « Pakistan » sur Internet, les infos que tu vas apercevoir en premier lieu ne sont pas des plus engageantes.

Les médias véhiculent une image négative

Beaucoup de médias occidentaux ne tarissent pas de termes et de sujets tous plus négatifs les uns que les autres lorsqu’ils parlent d’un pays comme celui-ci.

Pakistan: au moins 31 morts dans un attentat en zones tribales

Actu.fr (30/11/18)

« Au Pakistan, les Islamistes réclament la pendaison de la Chrétienne Asia Bibi »  

Le Figaro (15/10/18)

« Au Pakistan, les extrémistes du TLP dictent leur loi » 

L’Express (09/11/18) 

« Les intérêts chinois au Pakistan visés par un attentat » 

Le Monde 24/11/18

Le Pakistan se place à la 11ème place des pays les plus dangereux au monde si l’on en croit le classement de Business Insiders, un site d’informations économiques.

Après avoir parcouru ce fil d’actualités, j’étais à deux doigts de m’imaginer que les 200 millions d’individus qui habitent cet État sont tous des fanatiques, qui vivent le couteau entre les dents, un Coran à la main jour et nuit, rêvant aux 72 vierges qui les attendent au paradis.

Le cas Asia Bibi : mon expérience

Au moment de l’Affaire Asia Bibi, cette chrétienne accusée de blasphème et libérée par la Cour de justice pakistanaise, je venais tout juste d’arriver à Islamabad.

Manifestations à Islamabad contre la libération d’Asia Bibi (source France24). 

En fait, je n’ai eu connaissance de la décision de justice et des manifestations que grâce au fil d’actualités internationales de mon téléphone portable.

Alors que je lisais plusieurs articles décrivant un Pakistan paralysé depuis trois jours par des manifestations d’extrémistes religieux, je m’étais rendue plusieurs fois à l’aéroport pour tenter de prendre un avion pour le nord (annulé pour cause de mauvaise météo), et j’avais pu visiter différents endroits de la capitale. Le tout sans rencontrer le moindre fanatique.  

L’effet anxiogène de l’actualité sur un pays musulman…

Mon idée derrière cet exemple n’est pas de fermer les yeux sur tous les problèmes du Pakistan et de te faire croire que tout va bien, que le pays est pionnier en matière des droits de l’homme et de la femme.

Apporter des nuances

En fait, j’avais eu vent de certains blocages dans les villes, car les Pakistanais lambda (c’est à dire plus de 90% de la population) partageaient des informations sur le trafic routier via Whatsapp.

Ils s’échangeaient des infos sur des déviations pour éviter les routes bloquées par les manifestations…Un peu comme la situation avec les Gilets Jaunes! 

Les zones plus compliquées d’accès : les zones frontalières avec l’Iran, l’Afghanistan, dont la province du Balouchistan. Tu peux t’y rendre mais il faut demander un Non Objection Certificate (NOC) et des policiers t’escorteront où que tu ailles dans ces zones. Dans l’Azad Cashemire, la situation est plus calme mais le NOC est également demandé. Dans la province du Khyber Pakhtunkhwa que j’ai traversé en voiture côté est, je n’ai pas eu besoin de NOC, alors que les années précédentes il était demandé. La situation semble changer si tu vas à Chitral, ville proche de la frontière afghane (donc renseigne-toi bien si tu veux visiter ces régions).

Selon Jami, un consultant en taxes auprès des entreprises que j’ai rencontré à Lahore, la deuxième ville du pays, ces fanatiques si photogéniques qui font régulièrement la une de nos médias quand on parle du Pakistan, ne représentent que 3 à 5 % du peuple pakistanais.

On a pourtant l’impression de ne voir qu’eux.    

Terrorisme, corruption, pays patriarcal, kidnappings…Pour une majorité de gens, le Pakistan n’est que violence et hostilité. 

Couple au Fort de Lahore, Pakistan
Couple au Fort de Lahore.

L’information « concernante »

Loin de moi l’idée de jeter la pierre sur les médias et de faire des généralités, qu’aujourd’hui malheureusement, beaucoup de gens pensent. 

« Les journalistes sont tous les mêmes »… »des vendus »… »gouvernés par le monde de la finance »… »ils écrivent ce qu’on leur souffle à l’oreille »…etc.

Tout dépend du canal que l’on utilise pour s’informer et comprendre ce qui se passe dans notre monde. Si l’on écoute RFI, on n’entendra pas exactement les mêmes infos que si l’on ne jure que par BFM TV.

Toujours est-il que les médias d’infos généralistes (qui sont quand même ceux qui font le plus d’audience), lorsqu’ils daignent parler d’un pays lointain, et qui fait très souvent partie de ce que l’on appelle le Tiers-monde, ce n’est pas pour publier un sujet sur les progrès qui y sont réalisés.

Tout cela au nom de « l’information concernante ». Les médias partent du principe qu’étant donné que ce pays est géographiquement loin de sa cible (lectorat, audience, audimat…), il ne l’intéressera pas.

Dans le cas contraire, plus l’information est proche des gens géographiquement, mais aussi de leur quotidien, plus les médias s’y intéresseront.

Excepté lorsque l’info a un caractère choquant et « unique ».

Je prends l’exemple de l’Inde. Lorsqu’il y a eu des cas de viols sur fillettes, beaucoup de médias français ont fait un sujet. Ils ont alors constaté que ce sujet créait du buzz. S’en est suivit une pléthore d’autres sujets, les jours et les mois suivants, tous sur les violences sexuelles…en Inde.

Comme si le pays entier n'était peuplé que de prédateurs sexuels.

Alors que le viol touche tous les pays, même les plus avancés en matière de législation contre les violences. Donc cette multitude d’informations toutes sur le même sujet crée un effet anxiogène qui renvoie une image négative et sans nuance du pays en question.

Un pays qui a par ailleurs doublé son PIB en l’espace de dix ans. En 2018, l’Inde a même chipé la place de 6ème puissance économique…à la France.     

La faute du public

Cet effet pervers n’est pas uniquement la faute de nos médias. C’est aussi notre faute à nous les lecteurs, les internautes, les téléspectateurs.

Certains médias ne font que suivre la tendance, parfois sans réfléchir aux conséquences certes. Regarde ce qui se partage le plus sur les réseaux sociaux à part les vidéos de chats. Ce sont les faits divers bien sordides. Des vidéos qui ne sont d’ailleurs pas toutes issues de médias classiques mais parfois tournées par des amateurs. 

Nous nous comportons souvent comme des voyeurs.

Cet effet pervers, beaucoup de médias l’exploitent à fond parce qu’ils doivent avant tout fonctionner comme une entreprise. Sinon ils n’existeraient plus. 

Mais à toi de t’informer autrement aussi.

Aujourd’hui, il existe énormément de moyens de s’informer sans passer par les canaux traditionnels. Bon… il y a aussi beaucoup de fake news notamment sur Internet. Mais c’est un autre sujet dans lequel je ne vais pas me lancer ici car ça risque d’être long!  

À deux doigts de renoncer

Cette image anxiogène a d’ailleurs failli me faire renoncer à mon voyage. Toutes les infos que je trouvais étaient uniquement négatives.  

Parfois les proches ne sont pas de bon conseil

Amis, famille, collègues, tous quasiment sans exception, m’ont déconseillé de partir. Parfois en me faisant clairement comprendre que j’étais irresponsable, voire stupide de me jeter dans la gueule du loup de cette manière. Bien sûr, aucun d’entre eux ne s’était rendu là-bas.

Après l’énième message d’un copain me déconseillant fortement d’y aller parce qu’il y avait des enlèvements récurrents dans toutes les grandes villes du pays, j’ai fini par vraiment flipper. 

Donc j’ai raconté cette ambiance pesante à une personne plutôt bien placée pour répondre à mes interrogations: un Pakistanais.

Prendre les conseils à la source.

Il s’appelle Farrukh et il se fait un devoir de rencontrer tous les visiteurs étrangers qui osent venir au Pakistan.

J’étais en contact avec lui depuis plus d’une semaine lorsque je lui demande clairement si je suis folle de venir visiter le Pakistan, surtout toute seule, etc. 

✨L'hospitalité pakistanaise✨Quand je regarde toutes les images que j'ai enregistrées dans mon téléphone, j'ai l'…

Gepostet von Pauline, UnlovedCountries am Samstag, 15. Dezember 2018

Sa réponse ne se fait pas attendre longtemps et fait sonner mon portable pendant la minute qui suit sans discontinuer.

Mon fil de discussion s’allonge de dizaines de contacts de personnes ayant voyagé au Pakistan, de vidéos, d’expériences de filles seules ayant traversé le pays du nord au sud en stop sans rencontrer le moindre problème. 

Nana sceptique par essence.

Je contacte alors plusieurs de ces personnes.

Joseph, un Français d’origine indienne m’explique par téléphone, des trémolos encore dans la voix, avoir été enchanté par son voyage au Pakistan. Il avait lui aussi beaucoup d’a priori avant de partir. Il m’a raconté avoir été accueilli, lui et sa femme, dans une famille pakistanaise pendant plusieurs jours à Lahore. Ces derniers ont organisé une fête pour les 45 ans de mariage du couple. Joseph et sa femme n’avaient mentionné la date de leur mariage à personne! (Un curieux était allé fouiner sur le profil Couchsurfing de Joseph)

Solène, une autre voyageuse, me raconte avoir passé plus d’un mois dans le pays toute seule. Elle faisait du stop pour se déplacer! Et elle a surtout eu des problèmes avec la police qui la suivait partout. Les autorités pakistanaises ont très peur qu’il arrive quelque chose aux quelques touristes venant dans le pays.

Ils savent les effets que la moindre information négative peut provoquer sur l’image du pays et la communauté internationale. D’autant plus si elle concerne un touriste étranger.  

Farrukh ne s’arrête pas là. Il m’invite ensuite dans des groupes de discussion où je suis présentée à plus d’une centaine de Pakistanais/ses.

Les messages de bienvenue inondent le fil et me poussent à ne pas abandonner mon voyage.

Et puis l’aventure.

Finalement après avoir longtemps réfléchi, je décide de partir.

L’arrivée à Islamabad.

Les premières heures à Islamabad, j’étais un peu méfiante.

Bus local bondé, Pakistan
Bus local aux heures de pointe.

Je ne voyais que les différences: les shalwar kameez, les regards surpris et insistants, les chiens de rues et les ordures sur les bords de route.

Un chai et ça repart… 

Puis est arrivé le premier apéro (sans alcool) où une dizaine de gens sont venus. Ils voulaient me rencontrer et me souhaiter la bienvenue.

Ensemble, on a partagé plusieurs litres de chai (thé avec de la cardamome, du gingembre et beaucoup de lait) et des burattas. Pas mal de blagues fusaient sur la réputation de terroristes que se traînent les Pakistanais. 

Deux jours après, je partais en voiture avec Tahir, mon guide, pour visiter le nord. 

Conclusion : l’importance de suivre son instinct avant tout.

Si j’avais écouté les conseils de gens n’ayant jamais mis les pieds au Pakistan, je ne serais pas partie.

Si je m’étais laissée influencer uniquement par les infos de nos médias sur le pays, je ne serais pas sortie de mon village.

Si j’avais lu en entier la liste de précautions énumérées sur le site internet du gouvernement français, je n’aurais pas quitté mon canapé. 

Le soleil se lève sur le lac Attabad, Pakistan.
Le soleil se lève sur le lac Attabad.

Donc je n’aurais pas pu voir ces paysages. 

Ni faire toutes ces rencontres.  

Ou même faire une photo souvenir avec la police (attention.. gars ultra sérieux). 

Pour voir plus de photos et d’infos sur le Pakistan, rejoins-moi sur Facebook et sur le groupe d’entraide de la communauté:

Si cet article t’a plu, lis aussi : Pakistan, météo, désorganisation et corruption s’invitent dans mon voyage.

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8 comments

michele perrin octobre 27, 2019 - 10:45

belles aventures. Bravo

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Pauline octobre 28, 2019 - 9:13

Merci Michèle !

Reply
Julie novembre 13, 2019 - 12:06

Visiter le Pakistan fait vraiment partie de mes rêves mais c’est vrai qu’à chaque fois que j’en parle on prend pour une folle de vouloir partir là-bas! Mais ton article m’a donné encore plus envie de partir découvrir ce pays! Reste plus qu’à organiser!

Reply
Pauline novembre 15, 2019 - 2:06

Salut Julie,

Oui c’est un pays qui a encore une image très négative chez nous en raison de son passé. Néanmoins, les mentalités commencent à évoluer, le pays est redevenu stable sur la majorité du territoire (excepté aux frontières où il y a encore pas mal de problèmes sécuritaires donc à éviter). Il est tout à fait possible d’y aller en prenant comme d’habitude les précautions d’usage notamment si tu voyages solo. N’hésite pas à poser tes questions sur le groupe d’entraide de la communauté sur Facebook, il y a pas mal de voyageurs qui y sont déjà allés et de Pakistanais qui pourront t’aider, voire t’héberger si tu veux loger chez l’habitant ou même si tu cherches un guide pour le nord.

Bon week-end,
Pauline.

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Nhiêm janvier 20, 2020 - 12:55

Bonjour Pauline

J’espère que vous allez bien

Je vous remercie de votre reporter

Je compte me rendre au Pakistan dans le côté Cachemire au mois d’08/2020 comme Swat et vers le Nanga Parbat. Cela fait 30 ans que je rêve de visiter l’Himalaya et je veux absolument faire le Cachemire. Vu la situation en Inde, j’ai opté pour le côté Pakistanais.
J’ai plusieurs pakistanais (je suis expert-comptable) qui me disent que cela ne craint pas

Pouvez vous SVP me donner des liens où on peut aller vers ces endroits paradisiaques?

Merci mille fois par avance de votre aide

Nhiêm

Reply
Pauline février 3, 2020 - 6:34

Bonjour Nhiêm,

Le Cachemire même côté pakistanais reste encore une zone où il faut un NOC (Non objective Certificate) en raison du conflit qui perdure avec l’Inde. Les Pakistanais vous diront toujours qu’il n’y a aucun problème dans la majorité des cas mais lors de mon voyage, ces zones étaient toujours restreintes et les voyageurs qui s’y rendaient étaient souvent sous escorte policière. Ce que je vous conseille de faire également c’est de poster un message sur le groupe d’entraide du blog où je pourrai vous mettre en contact avec d’autres personnes qui ont voyagé récemment dans le pays et auront peut-être des infos plus récentes car la situation a peut-être évolué depuis mon voyage. Pour les autres zones, Nangat Parbat et swat (à vérifier si pas de NOC aussi pour le Swat) cela devrait être bon. Vous trouverez le lien du groupe sur la page d’accueil du Pakistan en bas, en dessous des articles si besoin. Sur le groupe, il y a des voyageurs et des pakistanais dont certains sont guides dans le pays donc ils pourront vous donner de bons tuyaux.

Bonne soirée,
Pauline.

Reply
NHIEM février 3, 2020 - 8:00

Bonsoir Pauline

Merci mille fois pr ton retour. Il m’a été très utile. C’est drôle ms mon client restaurateur pakistanais s’appelle aussi Farrukh. Moi aussi, bcp de personnes me diussuadent d’y aller surtt que ds le site du QUai d’Orsay, tt est colorié en rouge. Du coup personne ne veut partir avec moi ms ce n’est pas grave.

En fait je pense que je confonds les régions, je pensais que Swat et le Nanga Parpat faisaient parties du Cachemire oçr c’est à part , c’est pr cela que les gens des Airbnb ne comprenaient . Swat et le Nanga Parbat ne fait pas partie du Cachemire???
J’ai aussi remarqué que tu étais  à GIlgit, c’est un des endroits que je voudrais absolument aller. Ce serait formidable si je pouvais réaliser mon rêve cet été. J’aimerai aussi correspondre avec toi pour que tu me contes ton périple. Tu sembles être qqu’un de très courageuse et responsable.

Nh^^em

Reply
Pauline février 4, 2020 - 3:02

Avec plaisir Nhiem, oui le Quai d’Orsay restreint beaucoup le pays, il y a encore des zones qui sont compliquées d’accès et où les troubles existent. Malheureusement le Cachemire en fait encore partie. Pour Nanga Parbat, c’est le nom d’une montagne située au Gilgit-Baltistan alors que le Swat est une vallée située dans le KPK. Aucun problème pour te rendre au Gilgit-Baltistan, Gilgit est la capitale de la province.

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