COUCHSURFING AU LIBAN : RANDONNÉES, FALAFELS, ET CHASSE À LA KALACHNIKOV

by Pauline
Bcharré au Liban

(article mis à jour en mars 2018)

Grâce à Couchsurfing, les expériences sont parfois inoubliables. C’est ce que je cherchais quand j’ai décidé d’aller faire un tour au Liban. Mon colocataire m’avait dit, « Tu vas pouvoir dormir chez l’habitant sans problème, Couchsurfing, ça cartonne là-bas ».

Je n’ai pas été déçue.

Parmi mes nombreuses aventures, j’ai fait de la randonnée dans une vallée quasiment inexplorée, rencontré des combattants du Hezbollah, et passé quelques jours chez Thomas*, chasseur à la kalachnikov.

Comme plongée la tête la première dans le bain de la réalité libanaise durant deux semaines.

Bien entendu, rien n’était planifié. Je ne dissimule pas, entre les lignes de cet article, un soutien à une quelconque organisation paramilitaire religieuse.

 

Voyage classique ou voyage homérique

Pour ceux qui ne savent pas encore ce qu’est le concept de Couchsurfing, c’est une application/site internet qui te permet de dormir chez un étranger dans le pays, ou la ville que tu souhaites visiter, et vice versa. Certains sont en panique totale, « Quoi ?! Loger chez un inconnu ?! Au Liban en plus ?!

Et bien crois-moi ou non, ce voyage a été l’une des plus formidables expériences de ma vie de globetrotteuse.

A toi de voir si tu préfères visiter, loger à l’hôtel, manger au resto, le tout sans rencontrer un seul Libanais excepté ton chauffeur de taxi ou ton gérant de guesthouse.

Moi, mon hôte Nibal, et sa mère à Yammouné, plaine de la Bekaa.

Ou tu as l’option numéro 2 qui te permet de loger chez un habitant qui deviendra à coup sûr, un de tes potes.

Il te fera découvrir la culture locale, les monuments de sa ville, les meilleures adresses de restaurants, te présentera ses potes, etc. Tu pleureras devant des falafels comme tu n’en as jamais mangé, même ne serait-ce qu’approché tes narines sans doute plus habituées au kebab bien gras et au houmous de supermarché.

 

 

Les falafels à pleurer

Je suis arrivée à Beyrouth, avec pour première hôte, Nibal. Cependant, je l’ai rencontrée via une connaissance et non grâce au site.

Yammouné, joli petit village chiite entouré de pommiers et de champs de haschich.

Elle m’a hébergé chez elle dans la banlieue sud de la capitale (zone contrôlée par le Hezbollah et déconseillée par le site Diplomatie.gouv.fr). Nibal m’a fait goûter à tous les plats traditionnels libanais pendant trois jours et emmené dans sa famille à Yammouné.

C’est un joli petit village chiite entouré de quelques pommiers et de grands champs de haschich.

J’ai pu rencontrer toute sa famille le jour de la fête de l’Aïd el-Kébir.

La famille de Nibal lors de l’Aïd-el-Kébir à Yammouné.

Le mouton qui broutait tranquille au fond du jardin n’a pas survécu à cette journée.

Le soir même, j’ai mangé des cacahuètes et regardé les étoiles avec des combattants du Hezbollah. Puis j’ai vomi toutes mes tripes parce que je tombe tout le temps malade quand je pars en voyage (pas la faute des falafels).

Victor sur le toit d’une église dans la vallée de Nahr Ibrahim.

Il était très facile de discuter avec tout le monde car la plupart des enfants parlaient couramment français, et anglais. Pour les autres membres de la famille, Nibal faisait office de traductrice.

J’étais choyée comme une princesse, si bien qu’au bout de deux jours, j’avais l’impression de quitter des membres de ma famille.

Les Libanais sont des gens hyper accueillants.

 

Visite d’endroits connus que des locaux

Loger chez l’habitant, c’est aussi un excellent moyen de visiter des endroits inconnus des circuits classiques.

Avec Victor mon deuxième hôte, changement de décor, direction Jbeil, appelée aussi Byblos, une ville chrétienne à 30 km au nord de Beyrouth. Changement d’ambiance aussi, ces quatre jours étant étonnamment plus sportifs.

 

  • Vallée de Nahr Ibrahim

J’étais un peu surprise au départ car, sans être médisante, l’activité physique n’est pas le sport favori des Libanais (les premiers jours j’ai visité Beyrouth quasiment qu’en voiture car mes hôtes ne voulaient pas marcher plus de 5 min…).

Vallée de Nahr Ibrahim

J’ai nagé et marché pendant 5 heures dans la vallée de Nahr Ibrahim près du lac de Chouwen, l’un des plus beaux endroits du pays, malheureusement jonchée de déchets sur la partie la plus accessible du parcours.

Cela ne se voit pas sur la photo mais j’étais dans un état second tellement l’eau était gelée.

Au bout de deux heures, le plastique disparu, nous arpentions une zone quasiment inexplorée.

 

  • Jbeil, la cité phénicienne

Après cette randonnée ayant éliminé le reste de mes microbes, Victor et sa femme m’ont emmené manger dans l’un des nombreux restaurants du centre de Jbeil.

Durant les derniers moments que j’ai partagé avec ma nouvelle famille d’accueil, j’ai eu droit à un petit-déjeuner typiquement libanais, composé de crudités, de labneh (sorte de fromage), et de foul, un plat à base de fèves qui remplit le ventre pour la semaine.

L’une des rues du vieux souk de Jbeil.

Le soir même, je prenais le bus direction Bcharré.

 

 

Le chasseur à la kalachnikov

Pour terminer mon voyage épique, je suis montée à 1400 m d’altitude pour rejoindre Bcharré. C’est le bastion des chrétiens maronites. C’est aussi celui de Thomas*, chasseur à l’œil de lynx.

Le premier jour, à 19h, pizza faite maison.

À 23h, brochettes de sanglier.

 

Quatre coups de feu

La bête s’était un peu trop aventurée sur les terres de mon hôte. Elle était également suspectée depuis six mois de piétiner le potager du chasseur. Il avait même placé une alarme à détection de mouvements dans son jardin au cas où elle reviendrait.

Cependant, l’épisode qui a conduit ce jeune sanglier à sa perte est simplement une affaire de malchance. Ce soir-là, mon hôte était en train de me montrer comment fonctionnait la lunette infrarouge de sa kalachnikov. Il possédait toute une panoplie d’armes dans sa chambre.

À un moment donné, Thomas* m’a tendu l’arme pour me faire « essayer ». Alors que je tentais d’apercevoir quelque chose à travers la lunette, j’ai effectivement cru voir un buisson bouger.

Et je l’ai dit.

Mon hôte me croyant sur parole, a repris l’arme et tiré quatre coups assourdissants. Il a réveillé tout le village.

 

Salade de tomates et brochettes de sanglier

On a passé les quatre jours suivants à faire des barbecues.

Cette dernière expérience était un peu inattendue, cette passion pour la chasse non conventionnelle n’étant pas mentionnée sur son profil Couchsurfing. Je t’assure que le sanglier qui en a été la victime est mort sur le coup.

J’ai rencontré Dario Escobar, un ermite d’origine colombienne qui habite un ermitage dans la vallée de Qadisha depuis 18 ans.

Je ne suis pas une grande fan des armes et de la chasse. Mais c’est une chose à laquelle il faut se préparer si on n’est pas habitué. Au Liban, beaucoup de monde en possède.

Heureusement, tout le monde ne fait pas non plus étalage de son arsenal devant ses invités.

Lire aussi : Voyager au Liban: conseils pratiques et sécurité

 

 

Dario Escobar, l’ermite

Dans la vallée de Qadisha, lors d’une randonnée chasseresse qui, cette fois-ci, a coûté la vie à un oiseau, j’ai également rencontré Dario Escobar, un ermite maronite d’origine colombienne (l’Église maronite est une branche orientale du catholicisme).

18 ans qu’il est là, seul dans son ermitage accroché à la paroi d’une falaise.

Il est devenu une légende pour les rares touristes qui s’aventurent sur les marches escarpées menant à sa maison.

Autant te le dire tout de suite, il vient aussi de Medellín, la ville d’origine du célèbre trafiquant de drogue, mais il a toujours nié avoir un lien quelconque avec lui. Tu peux toujours essayer de lui reposer la question si tu vas là-bas un de ces jours. Il est très sympa.

Le nez dans notre pizza et les yeux rivés sur la vallée de Qadisha, depuis le jardin de Thomas, Bcharré.

Évidemment, les aventures que j’ai vécues là-bas ne sont pas des exemples à suivre à la lettre, mais ce sont des histoires parmi tant d’autres que ce type de voyage peut t’offrir si tu te lances dans l’expérience.

Des aventures que l’on ne trouve pas dans les guides touristiques.

Et ce sera à coup sûr plus inoubliable que des vacances à Djerba, les fesses dans l’eau, un cocktail dans chaque main (même si cela a aussi ses vertus).

 

 

Comment choisir son hôte Couchsurfing

 

  • Passer en revue les profils

Il faut que tu traques les profils avec des commentaires positifs. Sur le site, tu peux voir que beaucoup de profils ont des références. Ce sont les avis des couchsurfers qui ont rencontré ce membre. Un profil qui n’en a pas, n’a sans doute jamais accueilli ou été hébergé par un membre, ou dernier cas, cette personne a préféré ne pas le noter, ce qui est sans doute un mauvais point. Sur leur profil, tu peux aussi voir si tu vas dormir sur le canapé ou dans la chambre d’amis.

  • Mettre en confiance son futur hôte

Lorsque tu fais une demande d’hébergement à un hôte, tu dois un minimum te décrire, décrire le voyage que tu envisages de faire, pourquoi tu l’as contacté lui en particulier, etc. Certains hôtes sont vraiment pointilleux sur ce sujet et écrivent même une sorte de règlement, expliquant le fonctionnement de leur maison, et ce qu’ils attendent dans la présentation que tu leur fais lors de ta demande d’hébergement. Eh oui, eux aussi veulent savoir qui ils vont héberger sous leur toit pendant plusieurs jours.

 

 

Points négatifs du système et idées reçues

Comme pour tout, il y a des points négatifs dans ce système.

  • Prendre des risques

Il peut arriver que certains membres n’osent pas mettre de commentaire vraiment négatif. C’est comme pour l’histoire de la kalachnikov, non mentionnée sur le profil de mon hôte. Je n’ai eu aucun problème durant mon séjour, mais tu n’as peut-être pas envie de vivre ce genre d’expérience. Mais en général, si quelqu’un a eu un séjour vraiment mauvais avec un hôte ou un surfer, c’est signalé sur sa page.

  • Tu es tributaire de la personne qui t’héberge

En gros, tu ne te ramènes pas chez quelqu’un en pensant que ça va être hôtel gratuit, open bar et « je rentre quand je veux sans avertir mon hôte ». Quand ce sont des hôtes habitués, la plupart du temps, ils ont déjà organisé un mini circuit des « trucs à faire » aux alentours, et beaucoup d’entre eux t’emmènent dans des endroits connus que des locaux. Le Couchsurfing, c’est un état d’esprit avant tout, qui te permet de voyager hors des sentiers battus. Je ramène aussi souvent un petit cadeau pour la personne qui m’accueille.

 

 

Sites similaires à Couchsurfing

Couchsurfing est la référence en matière d’hébergement chez l’habitant mais plusieurs sites ont émergé ces derniers temps sur le même principe.

  • Trustroots

Même système que Couchsurfing, avec une dimension plus politique. Seul problème, il faut se faire inviter pour joindre la communauté.

  • Cultree

Le site te matche avec des personnes qui pourrait te correspondre le mieux grâce à un algorithme. Le profil des personnes est beaucoup plus contrôlé et décrit plus sûr, pour éviter « les mauvaises surprises ». C’est payant.

  • Bewelcome

Un peu le même fonctionnement que Trustroots, c’est à dire sans but lucratif. Mais sans le côté politique et il n’y a pas besoin de se faire inviter. Le problème c’est que le site semble ne posséder des membres qu’en France et au Royaume-Uni pour le moment.

 

 

Pour conclure

Couchsurfing (ou un autre site permettant de loger chez l’habitant) est un excellent moyen de faire des économies de budget mais surtout de rencontrer des gens, et de voyager autrement. Être accueilli par une personne que l’on ne connaît pas peut faire peur, mais l’expérience en vaut le détour surtout si tu veux vivre quelque chose d’inoubliable. C’est aussi la meilleure façon de t’immerger dans la culture du pays que tu visites.

*Prénoms modifiés.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Digiprove sealCopyright secured by Digiprove © 2018

Et sinon le partage c'est la vie ✌️ et c'est par ici :

2 comments

Luann juillet 5, 2019 - 6:54

Hi there, I log on to your blogs on a regular basis.
Your story-telling style is witty, keep up
the good work!

Reply
Pauline juillet 8, 2019 - 8:25

Thanks 🙂

Reply

Leave a Comment

2 + 18 =

 

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

UA-116385296-1